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Rubrique : {02. Notes de lecture}

Les coopératives perdent-elles leur âme en grossissant ?

Le mercredi 23 mars 2016 par Christian Vaillant

Le dossier du numéro 444 d’avril 2016 de la revue Silence est consacré à la question de la taille dans les coopératives. Ci-dessous, la présentation du dossier par son coordinateur, Michel Lulek.

En grossissant, les coopératives alternatives sont-elles condamnées à rentrer dans le rang ou peuvent-elles trouver comment grossir autrement ?

C’est un classique. après une phase pionnière où des individus enthousiastes et engagés se réunissent pour créer une coopérative, travailler autrement, imaginer d’autres manières de faire, l’entreprise se structure, se formalise, se professionnalise et sombre dans ce que les sociologues appellent doctement "l’isomorphisme institutionnel". En gros : on devient comme les autres, les valeurs de départ s’édulcorent, on se banalise, bref, on perd son âme. Et chacun de citer telle grosse banque coopérative qui joue sur les marchés boursiers et favorise l’évasion fiscale, ou telle association militante devenue une grosse association gestionnaire. Le raccourci est ensuite vite fait : grossir, c’est mourir un peu, c’est-à-dire oublier ce qui était à l’origine du projet.

Grossir, c’est mourir un peu ?

Est-ce vraiment une fatalité ? En grossissant, en se développant, doit-on forcément renier ses rêves de départ, ou passer d’un fonctionnement coopératif — où chacun a son mot à dire — à une organisation traditionnelle de moins en moins démocratique ? Pas forcément, nous explique Jean-François Draperi, professeur au Conservatoire national des arts et métiers (1). Selon lui, le projet coopératif est une construction qui doit, pour survivre, être animée, améliorée, travaillée constamment... quelle que soit la taille de la structure. La Nef, avec ses 37 000 sociétaires, pourrait en être en exemple.

La dérive des projets et des utopies n’est pas l’apanage des "gros". Pour la combattre, les entreprises du réseau Repas (2) ont inventé, dans les années 1990, le compagnonnage alternatif et solidaire afin de transmettre ses valeurs coopératives et de trouver, le cas échéant, de nouvelles énergies parmi les jeunes qui profitent de ce parcours de découverte au sein des entreprises du réseau. Deux de ses structures, Ambiance Bois et Ardelaine, témoignent de leur approche de la question. La première insiste sur la notion d’essaimage. La seconde met en avant la dimension du temps. L’une et l’autre démontrent que l’on peut changer d’échelle sans changer sur le fond. L’essentiel est de savoir à quoi l’on tient, de le défendre, de le dire et d’en faire ce qui, au final, constitue la véritable identité de la coopérative. Le bois ? La laine ? Et si c’était davantage l’autogestion et le travail en commun ?

Michel Lulek (3)

(1) www.cnam.fr

(2) Réseau d’échange de pratiques alternatives et solidaires, www.reseaurepas.free.fr

(3) Michel Lulek est membre de la SCOP La Navette. Celle-ci est une coopérative de sept rédactrices et rédacteurs, spécialistes de l’économie sociale et de la vie associative. Leur entreprise revendique l’autogestion comme mode de fonctionnement (chacun est associé-coopérateur, les salaires sont égaux et la gérance tirée au sort tous les deux ans). Elle est installée à Faux-la-Montagne, sur le plateau de Millevaches, en Limousin, et fait partie du réseau REPAS.

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Rubrique : {02. Notes de lecture}

Tous en coopératives !

Le mardi 16 février 2016 par Christian Vaillant

Un petit livre militant pour une conception exigeante des coopératives.

Ce qui est bien avec les petits livres c’est qu’on y va plus spontanément. De toute façon on arrivera toujours à aller au bout, ils ne coûtent pas cher et ils donnent un aperçu d’une question et des pistes que d’autres lectures éventuelles pourront compléter. C’est exactement le cas de Comment résister au capitalisme ? Tous en coopératives ! de Jacques Prades.

Mondragon et le Trentin

L’ouvrage expose les principes de base des coopératives de production. Il montre leur efficacité et leur pertinence économiques et sociales au travers de deux exemples particulièrement significatifs : Mondragon au pays basque espagnol et l’ensemble de coopératives dans le Trentin italien. L’ampleur prise par ces deux exemples permettent à l’auteur d’exposer ses vues sur une extension de l’organisation coopérative à l’ensemble des entreprises et de la société.

Contre la CGScop et l’insertion

L’auteur éreinte la représentation nationale du mouvement coopératif français, la CGScop (confédération générale des scop), sa logique de lobbying auprès de l’État et sa compromission avec celui-ci. Notre site a assez souvent montré cette logique de la CGScop. Pour autant, on aurait pu souhaiter trouver un peu d’information sur les coopératives de production en France. L’auteur règle également son compte à l’économie solidaire et à l’insertion dont la logique est radicalement différente de celle de la coopération. Il souligne à ce sujet la différence entre la France et l’Italie où la logique coopérative l’emporte au sein des coopératives sociales.

Contre l’État-nation et pour une Europe des régions

Si, comme le titre l’indique, les coopératives sont une réponse au capitalisme, l’ouvrage insiste sur le fait qu’elles sont aussi une réponse à l’État. L’auteur est particulièrement hostile à l’État-Nation. Les deux grands exemples choisis sont d’ailleurs significatifs de ce point de vue : indépendantisme du Pays basque vis-à-vis de l’Espagne et du Trentin vis-à-vis de l’Autriche (même si dans ce dernier cas il se double d’un irrédentisme par rapport à l’Italie).

L’auteur évoque également abondamment les conceptions d’une Europe fédéraliste de régions qui affaiblirait, voire ferait disparaître, les États-Nations. On reste un peu perplexe devant cet éloge d’une Europe qui serait plus à même d’abandonner ses prérogatives au profit de régions que ne le serait l’État-Nation quand on sait à quel point il s’agit d’une bureaucratie antidémocratique et ultralibérale.

Enfin, l’auteur regrette que Michel Rocard et la deuxième gauche aient été battu par la gauche jacobine et étatiste. Là aussi on reste un peu perplexe sur les mérites des rocardiens, quand bien même il est vrai que Rocard et les siens ont beaucoup oeuvré en faveur de l’économie sociale et solidaire à la fin des années 1970 et au début des années 1980 .

Christianisme social et écologie

L’auteur ne dissimule pas, bien au contraire, que les deux grands exemples qu’il développe, Mondragon et le Trentin, ont pour fondateur un prêtre, inspiré par la doctrine sociale de l’Église. L’autre grand courant qu’il cite, c’est le personnalisme d’Emmanuel Mounier, également issu du christianisme social. De ce personnalisme est né dans les années 1960 et 1970 un mouvement fédéraliste écologiste où l’on retrouvait notamment Jacques Ellul. Souhaitons que Jacques Prades ne partage pas les positions antiféministes, antipalestiniennes, pro-apartheid et extraordinairement homophobes de ce dernier.

On note également que les politiques publiques à l’égard des coopératives ne trouvent jamais grâce auprès de l’auteur, notamment la dernière loi Hamon sur l’économie sociale et solidaire, allègrement massacrée (en grande partie à juste titre). Mais il y a une exception notable lorsqu’il s’agit d’un ministre écologiste, Guy Hascoët, pourtant il ne s’agissait que d’un simple appel à projets. Quant à la critique de la loi Hamon on relève une contradiction surprenante : l’auteur explique et excuse le fait que dans les années 1990 l’écart des salaires à Mondragon soit passé de 1 à 7 par l’impossibilité sinon de garder des cadres « compétents » ; en revanche la loi Hamon prévoit un écart des salaires maximum de 1 à 6 pour obtenir le label ESS, ce qui est pour l’auteur un scandale quand on sait qu’il n’y a que 1 % des salariés qui perçoit 8 fois le salaire minimum dans l’économie en général. Il faudrait savoir ! Scandaleux ou inévitable ?

Jacques Prades, Comment résister au capitalisme ? Tous en coopératives !, éditions Le vent se lève, deuxième édition 2015, 106 pages, 10 euros

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Rubrique : {Expériences autogérées}

Tournez la page ! Un film sur la Scop librairie Les Volcans à Clermont-Ferrand

Le mardi 9 février 2016 par Christian Vaillant

Nombreux sont ceux qui ont été touchés par la fermeture de cette grande librairie clermontoise et ont souhaité soutenir les salariés motivés pour en recréer une en 2014 ! Un film a été réalisé sur cette aventure.

« Pétrir le pain avec indifférence, c’est cuire un pain d’amertume qui ne nourrit qu’à moitié la faim humaine. » Cette phrase lue parmi d’autres dans le film pourrait être la grande leçon de la reprise en Scop de la librairie Les Volcans à Clermont-Ferrand. Au-delà du simple maintien de l’emploi, les ex-salariés ont su créer de nouveaux rapports entre eux et vis-à-vis du travail qui préfigurent un autre horizon que celui de la subordination dans l’entreprise. Un façon de filmer qui nous fait vivre en direct les principales phases de cette reprise.

La suite de l’article sur le site association pour l’autogestion

Le blog du film

Le site de la librairie Les Volcans

Le site des amis de la librairie

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