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Injustices - L’expérience des inégalités au travail

Mis en ligne par Christian Vaillant - 11/09/2006

Une somme de toutes les plaintes sur les injustices qui s’expriment dans le monde du travail réunie par une équipe de sociologues. Elles ne débouchent pas chez les travailleurs sur le désir de sortir du système... ni de s’organiser en autogestion.

Multiples, en tous sens, contradictoires, les critiques des injustices sont générales. L’argument central de l’étude réside dans l’analyse que les jugements sur les injustices ont trois sources : l’égalité, le mérite et l’autonomie. Ces trois principes de jugements sont absolument autonomes, même s’ils se combinent souvent deux à deux. Par nature, ils donnent naissance à des appréciations contradictoires les unes avec les autres. Les travailleurs entrent alors dans des spirales de plaintes passant d’une source de jugement à l’autre sans s’embarrasser d’éventuelles incohérences. La simple description de ce sentiment d’injustice général et permanent est le principal intérêt du livre. Même la longueur et le caractère répétitif (490 pages !) ont le mérite d’illustrer l’état du monde du travail. Encore qu’il faut relativiser : l’équipe de Dubet a demandé précisément aux gens de s’exprimer là-dessus. Dans Travailler pour être heureux, Baudelot et Gollac ne consacre qu’une vingtaine de pages sur plus de 300 à la question des injustices comme composante du bonheur ou du malheur au travail. Beaucoup d’autres éléments entrent donc en ligne de compte.

Pour autant, cet état des lieux du sentiment d’injustice au travail intéresse les autogérés car c’est souvent pour échapper à cette situation sans issue qu’ils se sont lancés dans leurs activités autogérées. Mais une autre constatation de l’étude va peut-être leur casser le moral : « A peine 1 % des réponses à notre questionnaire peuvent être considérées comme égalitaristes, et, parmi les 261 entretiens analysés, on ne relève qu’une proposition parfaitement égalitariste. »

Les auteurs font à peu près le même constat que Piketty dans Les hauts revenus en France. Le niveau des inégalités dans notre société bénéficie du plus large consensus. Seule l’existence des très riches (plus de 200 000 euros par mois) et des très pauvres (moins de 500 euros par mois) rencontre une vraie désapprobation. Et encore n’est-ce pas sans beaucoup de restriction en ce qui concerne les plus pauvres. En effet, si pour beaucoup les inégalités sont justifiées en fonction du mérite, ce qui est injuste c’est trop souvent que « les autres » ne méritent pas d’en bénéficier. Cela concerne souvent ceux qui gagnent plus que soi mais aussi les aides aux plus pauvres. Enfin, et peut-être surtout, ça râle tout le temps, pour tout, mais il n’est pas question d’abandonner le système.

François Dubet Seuil, 2006, 490 pages, 23 euros