autogestion print

 

Marre de ce boulot ?

Mis en ligne par la peniche - 16/08/2005

Pourquoi certains aujourd’hui continuent de créer des lieux de travail autogérés ? Au départ, il y a toujours une critique du fonctionnement des entreprises traditionnelles. Un système de trois facteurs apparaît rapidement injuste, inefficace, voire absurde : l’inégalité (de l’argent), la hiérarchie (du pouvoir), la division du travail (de la compétence, de la spécialisation, de l’efficacité).

Les principes d’une structure autogérée, La Péniche

« À la Péniche, les principes de base sont d’une simplicité " bibliques " et s’énoncent en une minute au nouveau venu. Et ne s’oublient pas. Nous sommes tous égaux
- dans la prise en charge et la responsabilité de l’entreprise
- dans la prise en charge et la responsabilité du travail
- dans la prise de décision
- dans l’exécution du travail
- dans la rémunération que nous percevons. Les modalités d’application de ces règles de base doivent être aussi claires.
- Toutes les personnes qui travaillent sont égales au regard de la propriété de l’entreprise
- Tout le monde participe de manière égale aux prises de décisions concernant l’entreprise et le travail
- Tout le monde exécute le travail autant qu’il sait le faire
- Tout le monde perçoit le même salaire horaire. Ensuite, on s’adapte à chaque cas. Quand on a un problème nouveau, on transpose des situations analogues, on discute.
- La propriété de l’entreprise se fait dès le 1er jour, ou au bout de trois mois, ou plus...
- Les réunions sur le fonctionnement général sont hebdomadaires, mensuelles, trimestrielles ou quand c’est nécessaire
- On tire au sort ou on élit le dirigeant prévu par notre statut juridique
- On répartit de telle ou telle manière les taches à effectuer
- Chacun remplit une fiche des heures qu’il a faites globalement, ou par types de travaux,
- etc. Mais cela ne nécessite pas d’écrire des règles en détail pour toutes les situations, réelles ou potentielles. On n’en finirait plus. C’est beaucoup plus souple que cela. Tout simplement parce que les quelques principes de base sont facilement clairs dans la tête de tous.
 »

Une critique de l’entreprise traditionnelle

L’entreprise traditionnelle prétend fonctionner selon des critères « pratiques », « rationnels », comme issus de la nature des choses et des êtres. Les êtres humains ne sont pas égaux, n’ont pas les mêmes capacités et le fonctionnement d’un lieu de travail ne peut que refléter ces inégalités que l’on qualifiera pudiquement de « différences ». Il faut donc que quelqu’un organise ce lieu de travail, assigne des tâches en fonction des compétences de chacun, veille à leur exécution et rémunère chacun en fonction du service rendu. En réalité, on constate rapidement que personne n’est satisfait de la place qu’il occupe dans l’organisation du travail, de son niveau hiérarchique et de salaire. Personne n’est satisfait non plus de son supérieur ou de son inférieur hiérarchique et de leur niveau de rémunération.


 Je travaille plus (ou mieux) que X et on est payé pareil
 Je suis moins bien payé que Y alors qu’on fait le même travail
 Mon supérieur hiérarchique ne connaît pas le travail à faire
 Il (elle) n’occupe son poste que grâce à son diplôme (ou par piston familial, sexuel, etc.)
 Il (elle) est payé(e) à rien faire
 Si on faisait comme je dis, ça fonctionnerait beaucoup mieux
 S’il (elle) n’était pas là, ça fonctionnerait aussi bien, voire mieux
 Avec tout ce que je lui rapporte, il pourrait mieux me payer
 Ils m’ont licencié les salauds
 Regardez les chiffres ! Si on ne réduit pas les effectifs on est obligé de fermer
 Si je l’augmente, je vais être obligé d’augmenter les autres
 Si je les augmente, j’ai plus qu’à mettre la clef sous la porte
 Ils (elles) ne comprennent pas la difficulté de gérer une entreprise, etc.

Qui n’a jamais entendu ou prononcé ce type d’argument ? Il est d’ailleurs difficile d’échapper à ce système de critique généralisée puisque, pour améliorer son sort, il est indispensable de faire ressortir l’inadéquation de sa position au regard de son activité, de son rôle et de sa compétence, ce qui passe inévitablement par la critique des autres.

Une incapacité explicative

Ajoutons à cette insatisfaction générale le fait qu’aucune réponse satisfaisante n’est apportée dès qu’une question précise est posée sur les fondements « naturels » du management d’entreprise. Ainsi pourquoi payer Monsieur X 20 % de plus que Monsieur Y et pas 15 % ou 25% ? Pourquoi une échelle des salaires dite « raisonnable » s’étalonne de 1 à 20 et pas de 1 à 2 ou de 1 à 200 ? Malgré l’abondante production de guide en management, aucun critère rationnel n’a encore été avancé pour pouvoir estimer correctement le rendement d’un salarié et encore moins pour déterminer le niveau de salaire « exact » correspondant à ses capacités. Difficile aussi d’obtenir une réponse satisfaisante sur les qualités objectives qui justifient que X est toujours plus apte que Y pour organiser le travail ou prendre les décisions. L’organisation du temps de travail est aussi l’occasion de se voir asséner des « évidences » du style : « il est plus facile de s’organiser sur des semaines de 39 h que de 35 h ». Et pourquoi pas des semaines de 47h3/4 ou de 26h1/3 ? Le paradoxe réside dans le fait que les critères prétendument « rationnels », « inévitables », d’inégalité, de hiérarchie et de division défendus dans les entreprises, ne sont en fait reconnus par personne et que la « raison » ne puisse se faire entendre à aucun point de vue. Car en réalité, gérer une entreprise traditionnelle c’est gérer en permanence de la compétition et des rapports de force internes. Ruse de la raison, les idéologues de l’entreprise prétendent que c’est justement là que réside son efficacité. Rien ne prouve dans les faits que ce système fondé sur l’inégalité et l’intérêt individuel soit plus efficace.

Un renversement des valeurs... pas si renversant

C’est à un complet renversement des valeurs qu’invitent ceux qui fonctionnent en autogestion. Nous ne sommes ni plus ni moins idéologiques que les tenants de l’entreprise traditionnelle. Simplement, nos a priori idéologiques sont différents. Étant donnés l’impossibilité de résoudre rationnellement les questions que posent l’inégalité, la hiérarchie et la division, et l’insatisfaction et les conflits qui y sont liés, pourquoi ne pas y répondre radicalement une fois pour toutes et voir ce qui se passe ? Pourquoi ne pas faire le pari de l’égalité, de l’absence de hiérarchie et de division, de la coopération, pour voir si des difficultés surgissent et sont plus insurmontables que les précédentes ? Après tout, nous avons déjà l’expérience de ce type de fonctionnement dans d’autres domaines et même si nous ne les jugeons pas parfaits, ils fonctionnent. Dans nos systèmes démocratiques, les citoyens sont égaux. Du moins en principe. Et ce principe n’est pas totalement sans effets. Le bulletin de vote d’un chômeur sans diplôme vaut celui d’un énarque. Cela irrite d’ailleurs les experts en tout genre qui pensent tout bas que le pouvoir devrait leur être dévolu mais qui sont tout de même obligés de faire avec.


Marre de ce boulot ?
27 avril 2010,
une hiérarchie institue un rapport de subordination donc "en haut" tu as forcement du pouvoir sur la base
Marre de ce boulot ?
26 mars 2010,

Bonjour !

Je travaille dans un centre de vacances, et je ne suis pas d’accord avec cet article.

Je le trouve trop tranché. En effet, mon centre est géré par une equipe composée d’une directrice et de son adjointe, et ce n’est pas par respect de la hierarchie que je suis leur directives, mais par respect pour leur compétences. Je suis loueur de ski, je n’ai donc pas l’oportunité de voir comment fonctionnent les différentes personnes qui travaillent avec moi, donc pas le recul nécessaire pour décider de telles ou telles choses a faire. On me demande parfois de venir donner un coup de main au ménage parce qu’il y en a besoin par exemple.

C’est peut etre un cas particulier, car tout dépend de la personnalité du directeur, mais j’estime tout de meme que hierarchie ne rime pas forcement avec inégalité. Ce sont simplement des postes différents, et s’il est honnete, un directeur n’a pas plus de pouvoir qu’un agent technique.

Tout dépend de la personne.