La montagne vivra ou comment gérer collectivement une associationMis en ligne par Alain Détolle / La Péniche - 22/08/2005
Faire fonctionner une association d’une manière collective n’est pas chose courante dans le secteur de l’urgence sociale, on ne s’attend pas à voir une association, financée par des partenaires aussi sérieux que l’Aide sociale à l’enfance ou le ministère de la Justice, avoir choisi ce mode d"organisation, qui passe aux yeux du grand public comme une formule réservée aux groupes de musique ou à des marginaux. « La montagne vivra », créée il y a
maintenant 20 ans, fonctionne sur ce principe. Incursion chez des utopistes bien réalistes.
Entretien avec Anne-Marie (directrice), François (psychologue) et Line (psychosociologue) Comment l’association est-elle gérée et par qui ? La montagne vivra : La structure de référence est l’assemblée générale extraordinaire mensuelle qui est convoquée par la présidence de l’association. C’est elle qui valide les décisions qui ont été prises au cours du mois et choisit les orientations. Les décisions sont mises en oeuvre par un secrétariat formé de la directrice et d’un membre du personnel qui tourne tous les six mois. Un « staff » composé du secrétariat et de deux autres membres du personnel s’occupe de préparer les assemblées générales et d’expédier les affaires courantes. En cas de conflit, comment cela se gère-t-il ? MV : Il faut se référer au règlement intérieur. La gestion de conflit est soumise au principe de subsidiarité (on ne renvoie à l’instance supérieure que ce l’on ne peut pas traiter en proximité). Donc si une difficulté surgit au niveau d’un service, ce sont les « associés », membres de ce service, épaulés, le cas échéant, par des « associés » bénévoles qui vont s’en saisir. Si le ou les salariés concernés ne sont pas satisfaits, ils pourront porter le débat devant l’assemblée générale qui, elle, statuera de manière définitive par un vote à bulletin secret. Est-ce que l’ensemble de cette organisation ne nécessite pas beaucoup plus de travail qu’une organisation traditionnelle ? MV : Pas particulièrement. Nous travaillons en respectant, bien évidemment, la convention collective appliquée dans notre secteur (convention de 1966). Le travail de contact et de discussion indispensable aux transmissions de dossier se fait dans le cadre de réunions formelles qui sont de toute façon nécessaires dans ce type d’activités pour assurer un minimum de suivi et de cohérence. Notre démarche, qui a pour préoccupation de prendre en compte la totalité de la situation et des difficultés que rencontre la personne pour essayer de lui apporter la ou les réponses les plus pertinentes, se trouve enrichie et facilitée par cette manière de travailler. Choisir une organisation adaptée au public accueilliNée il y a vingt ans, la structure s’est d’abord construite pour répondre à un manque dans le département du Val-d’Oise : l’accueil d’urgence des adolescents en difficultés. Ses fondateurs(trices), bénévoles et salarié(e)s, avaient, dès le départ, la volonté de construire une expérience rompant avec l’organisation traditionnelle de ce type de services. Il fallait aussi que cette organisation soit bien adaptée à son public et puisse apporter des réponses plus efficaces face à l’urgence et à la complexité des situations. Aujourd’hui, cette structure compte une vingtaine de bénévoles et un large réseau de partenaires professionnels à travers toute l’Île-de-France. Elle gère un budget d’une dizaine de millions de francs financés par de nombreux partenaires (conseil général, conseil régional, FAS, Aide sociale à l’enfance, ministère de la Justice, DDTEFP, etc.). Elle emploie 28 salariés dans quatre services différents, un service d’accueil d’urgence des adolescents, un centre de bilan et d’évaluation, un atelier pédagogique personnalisé et un « espace de socialisation » Ne cherchez pas le bureau de la directrice, elle n’en a pas !Lorsque l’on arrive dans les locaux de l’association, la première chose qui frappe est l’absence d’appropriation de l’espace. Ne cherchez pas le bureau de la directrice ou du psychologue, ils n’en ont pas. Différentes pièces, aménagées sobrement, permettent d’accueillir les visiteurs dans des conditions d’isolement et de confidentialité évidemment indispensables au travail que l’équipe effectue, mais l’ensemble du travail administratif se fait dans une grande salle aux multiples ordinateurs utilisés au gré des disponibilités. De plus, la polyvalence est la règle. Chaque salarié du service d’accueil d’urgence occupe, par rotation de sept semaines, le poste de coordinateur. Une organisation performante...On pourrait penser qu’une telle organisation ne permet pas de travailler efficacement. Et pourtant cette association gère ses trois services dans des conditions de rentabilité et d’efficacité que pourraient lui envier bien des structures et qui sont reconnues unanimement par tous ses partenaires. Le système compte plusieurs avantages. Tout d’abord, une plus grande efficacité. Grâce à la polyvalence, chacun est au courant de tout, et donc, par secteur, les problèmes sont réglés plus facilement dans la mesure où ils peuvent être pris en charge « en continu » et non quand le seul responsable est présent. Ensuite, des réponses mieux adaptées. Chaque personne est a priori responsable « à part égal » de l’ensemble. Il y a donc une pratique générale laissant plus de place à l’initiative. Enfin, un travail plus intéressant. La possibilité pour chacun de participer à l’ensemble de la vie de l’association, le sentiment d’être véritablement pour quelque chose dans ce qui se passe sont autant d’éléments qui améliorent énormément la qualité de vie des salariés et bénévoles. Et, au bout, ce sont évidemment les usagers qui en bénéficient. Extrait des modalités de fonctionnement[...]
* Conseil d’administration, bureau, assemblée :
La Montagne Vivra : 18 rue Thibaud Chabrand 95 240 Cormeilles-en-Parisis
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