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Comment se développer en autogestion ?

Mis en ligne par la peniche - 18/08/2005

Comment recruter ?

Lorsque la structure autogérée se développe, le besoin de nouveaux membres se fait sentir. Mais comment recruter lorsque l’on se refuse à exercer tout pouvoir sur autrui ? Mieux vaut avoir recours à un système de cooptation qu’à des entretiens d’embauche pour faire passer des tests aux éventuels futurs arrivants. Cela ne peut se dérouler que dans la durée pour permettre à tous de se choisir mutuellement. Mais quels doivent être les critères de ce choix ? Avant tout le degré d’adhésion du (de la) futur(e) salarié(e) au projet autogestionnaire porté par la structure : le refus d’un certain confort du salariat, le besoin de chercher autre chose dans le travail que la feuille de paie ou la carrière, le désir d’être libre, solidaire, autonome... Autant de choses qui ne se mesurent pas, mais s’apprécient au fil du temps dans une pratique commune. Car cette adhésion au projet n’est pas nécessairement mûre, explicitée en ces termes dès le départ.

La question des compétences est aussi un enjeu. Au minimum, le (la) nouvel(le) arrivant doit avoir un intérêt pour l’activité économique développée. Mais il se peut que les besoins de la structure soient plus spécifiques et pressants. Suite à un départ, un congé ou pour répondre à une nouvelle demande d’un client, le besoin peut-être de trouver quelqu’un d’opérationnel professionnellement. Dès lors il devient délicat de trouver l’équilibre entre l’exigence d’adhésion au projet et la nécessité économique. C’est souvent par la formation “ sur le tas ” que viendra la réponse, car il est quasiment impossible de trouver rapidement quelqu’un d’opérationnel et de motivé par un projet autogestionnaire. Mais cela prend du temps. Le meilleur moyen de trouver de nouveaux participants au projet est encore de les laisser venir à la structure... Peutêtre est-elle suffisamment insérée dans des réseaux militants ou de sociabilité pour être repérée et susciter l’attrait et les candidatures spontanées. C’est l’option idéale. C’est d’abord par la proximité, géographique, idéologique, amicale que se feront les adhésions. En cas d’isolement, il est délicat de passer une petite annonce... Par ailleurs il existe un Réseau des Pratiques Alternatives et Solidaires qui a mis en place un système de compagnonnage permettant à des jeunes d’effectuer des stages dans des structures à la gestion différente (réseau REPAS : 07190 St Pierreville.Tél. : 04 75 42 67 45
- Fax : 04 75 66 61 27. E-mail : repas@wanadoo.fr).

La sous-traitance peut aussi être une solution transitoire. Elle permet de reporter la surcharge de travail, de trouver une compétence spécifique de façon ponctuelle le temps de former quelqu’un ou de trouver la perle rare. Mais c’est une solution quelque peu hypocrite dans la mesure où une part de l’activité de la structure est assumée par quelqu’un ou une entreprise qui ne fonctionne pas en autogestion. À moins d’avoir repéré une autre structure autogérée avec laquelle collaborer. Mais leur faible nombre oblige bien souvent à transiger sur les principes et à avoir recours à la sous-traitance pour les tâches qu’on ne peut effectuer à l’interne.

Certains, encore, ont recours à des CDD ordinaires, voir même à des CDI, au cours desquels les salariés ne participent pas à l’autogestion de l’entreprise, ces salariés n’étant pas du tout intéressés par l’autogestion. Cela leur paraît, au fond, moins hypocrite que le recours à la soustraitance. De plus, ils estiment manifester plus de tolérance et de respect pour ceux qui ne sont pas intéressés. Peut-être. Mais en tout état de cause, si la situation perdure et s’installe, il y a là une évolution qui ne peut qu’interroger profondément.

L’autogestion perdue au milieu du marché ?

Les structures autogérées sont isolées et interviennent sur un marché régi par des règles de fonctionnement totalement différentes des leurs. Les clients, partenaires et fournisseurs de la structure fonctionnent la plupart du temps sur les critères traditionnels de l’entreprise ou du secteur public et ont donc des organisations hiérarchiques que ce soit en termes de pouvoir ou de rémunération. Pour autant, il n’est pas impossible de concevoir son développement dans cet environnement.

L’échange économique est d’abord attaché à la qualité et au prix du produit ou du service rendu. Peu importe pour beaucoup de clients qu’il soit produit de manière autogérée. Il est donc toujours possible de trouver des débouchés. Ce qui n’empêche pas de sélectionner la clientèle en fonction de ses propres critères...

Communiquer sur son fonctionnement

C’est essentiellement une question de sensibilité. Certains préfèrent s’en tenir à la vertu de l’exemple et à la force de la seule pratique autogestionnaire, d’autres veulent communiquer, convaincre, se faire entendre. L’essentiel est que la communication des principes et des expériences ne se substitue pas à l’application pratique des principes... Il est cependant un minimum à ne pas négliger : une communication destinée à développer l’interconnaissance et la mise en réseau des structures autogérées. Que ce soit pour tisser des liens économiques, des projets communs, attirer de nouveaux participants et surtout pour entretenir la flamme d’une conception de la production qui peut beaucoup pour changer le monde. Enfin, avoir développé son " îlot " autogéré, relié à un " archipel " de structures similaires n’exclut pas de se mobiliser sur les enjeux des entreprises traditionnelles et de soutenir les luttes et revendications des travailleurs. S’y associer, manifester, se mettre en grève est aussi l’occasion de rencontres pour faire valoir son mode de fonctionnement.


> Comment se développer en autogestion ?
8 juillet 2006, par Fernand
Oui, c’est intéressant, mais comment faire face à cette contradiction : si la structure autogérée a réussit à se constituer une clientèle « triée » - ou du moins répondant un minimum à certains critères éthiques - peut rester fidèle en période de crise, qu’en sera t-il des autres, qui ne font des affaires qu’en fonction de la qualité, et non au regard de la nature de l’entreprise autogérée... Autrement dit, dans le cas d’une grève générale, une structure autogérée dépendant d’une clientèle strictement capitaliste (en terme de gestion), qui fera donc un choix rationnel (ce fournisseur ne me livre pas malgré la commande passée pour des raisons extérieures au marché, donc j’en change !), risque bien de finir par mettre la clé sous la porte. C’est cette crainte que j’entrevoie dans le texte ci-dessus, notamment dans l’appel à créer un archipel de structure autogérées, même si le but principal proclamé est "d’entretenir la flamme" d’une certaine conception de la production. Ce rassemblement est souhaitable, mais encore lui reste t-il à envisager les moyens de ne pas tomber dans les pièges de ces prédécesseurs en économie sociale (coopération de production, de consommation, agricole, mutuelles), que rien ne distingue plus, à l’heure actuelle, des structures capitalistes traditionnelles (assurances, PME, dans le bâtiment notamment, coopératives de commercants, grande distribution, etc.). Décidement, l’autogestion, c’est pas de la tarte ;-)
Payer les jours de grève "solidaire"
6 septembre 2005, par Latrombe
Ce dernier paragraphe appelle peut-être un petit développement : la grève, c’est normalement pour faire plier le patronat. En autogestion, il s’agit de grèves de soutien aux autres salariés, pour tout ce qu’on a de commun et d’éminemment cher : défense régime social, droit du travail... Dans une boite autogérée, se mettre en grève, c’est rejoindre les autres salariés et ne plus répondre aux demandes des clients. Participer au blocage en somme. La question du paiement des jours de grèves est un excellent sujet de débat : si la structure a les moyens, doit elle payer ces heures de mobilisation ; ne pas les payer ; pourquoi ?