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Nouveau site du réseau REPAS

Mis en ligne par Christian Vaillant - 29/09/2011

L’un des rares réseaux d’entreprises autogestionnaires, REPAS, vient de mettre en ligne son nouveau site. Plus clair, plus informatif et plus complet, il représente un pas important vers une communication plus large, mais toujours maîtrisée, de ce réseau dont la devise aurait pu être « pour vivre heureux vivons cachés ».

Une présentation du réseau plus complète

La présentation du réseau, sur la page d’accueil et sur l’onglet « réseau », est désormais plus complète sur les objectifs et l’histoire du réseau et sur la trentaine de structures qui y participent. On peut regretter qu’il n’y ait ni la liste complète des structures participantes ni leur présentation, ne serait-ce qu’en quelques lignes. Seules les structures participant à l’action « compagnonnage » sont présentées. Mais la liste des rencontres bisannuelles mentionne les structures d’accueil et permet de compléter l’information.

La présentation insiste sur le fait que dans l’acronyme REPAS (réseau d’échanges et de pratiques alternatives et solidaires), c’est le P de « pratiques » qui est le plus important : « La légitimité de nos entreprises, de leur témoignage et de leur existence est dans la mise en route réelle et concrète de pratiques alternatives et solidaires. » Dès l’origine, « les structures du réseau ont ressenti le besoin de se réunir pour mieux se connaître mutuellement et échanger sur leurs pratiques ». C’est cette insistance sur les « pratiques » qui explique le côté très « entre soi » qui caractérise le réseau depuis sa création il y a 17 ans : des praticiens se rencontrent entre eux, sans « observateurs », qu’ils soient universitaires, politiques ou simplement « intéressés ». Nous sommes dans le « faire » ! Attention, même si le réseau fait avec ce site un effort de communication, inutile de penser que cette règle d’or (ou loi d’airain) est remise en cause et que vous pourrez venir « voir » le réseau sans avoir une pratique. Certaines structures du réseau ne détestent pas les reportages (presse écrite, radio, télévision), les études universitaires, voire les débats politiques, mais c’est au cas par cas.

Certains pourront regretter l’absence de précisions sur le fonctionnement des structures et d’une sorte de « charte » à respecter pour « adhérer » au réseau. Celui-ci s’est toujours refusé à toute formalisation de ce type, pensant que ce serait figer des règles, alors même que les pratiques contraignent à inventer en permanence les règles et qu’on ne peut apprécier ces pratiques à travers des critères abstraits et intemporels. De ce fait, le « recrutement » de nouvelles structures s’effectue par une sorte de cooptation : un contact existe entre une structure du réseau et une structure non membre ; en fonction du « ressenti », la structure du réseau va proposer à l’autre (éventuellement sur sa demande) de participer à une réunion du réseau.

En fait, même si ce n’est pas écrit, toutes les structures du réseau :
- correspondent à des projets collectifs,
- sont gérées collectivement, n’ont pas de « dirigeants » (réserve faite de tout ce qui peut être dit sur les « fondateurs », « leaders », « grandes gueules », etc. et aussi sur les obligations juridiques comme dans les SCOP)
- et sont égalitaires sur le plan du pouvoir et des rémunérations (ici aussi réserve faite des obligations du droit du travail et des conventions collectives).

Si tout ce qui se rapporte au collectif et au coopératif est bien présent (éventuellement euphémisé) sur le site, rien n’est dit sur l’égalitarisme pourtant fondamental pour l’essentiel des structures du réseau (une seule fois le mot « équité » est employé, terme jugé donc plus pertinent que celui d’égalité ! On se croirait à la CFDT...). Si l’on demandait à chaque structure du réseau quels sont les trois ou quatre caractéristiques de leur fonctionnement, presque toutes y mentionneraient « on se paye tous pareils » (avec quelques micro variances dans l’interprétation de cette égalité). Curieuse absence donc sur le site...

Le mot autogestion n’est plus tabou

Nouveauté également, le mot autogestion n’est plus tabou. Il apparaît dès la page d’accueil : « Le réseau REPAS organise deux rencontres annuelles ouvertes à ses membres et aux structures économiques caractérisées par des pratiques coopératives, autogestionnaires ou collectives qui souhaitent participer ou accueillir le réseau. » Lorsque la Péniche a cherché il y a une douzaine d’années à contacter des entreprises autogérées, elle a fait une recherche sur le mot autogestion, et si elle est tombée sur le réseau REPAS, c’est que le mot était employé mais incidemment et avec une connotation négative ! Le tabou tenait au point de vue très hostile de certains fondateurs du réseau (probablement lié à des expériences malheureuses des années 1970) ; tabou accepté, parce que considéré comme peu important, par nombre de structures du réseau qui pourtant se qualifiaient elles-mêmes d’autogérées (voir par exemple la présentation d’Ambiance bois). Le tabou était d’autant plus curieux que le fonctionnement même du réseau est parfaitement autogestionnaire : « L’idée est de fonctionner en réseau informel, sans structure, sans permanent, avec une communication directe entre les acteurs : une rencontre au printemps, une autre à l’automne, avec un lieu et un thème de réflexion définis à la fin de la rencontre précédente. » Et ce fonctionnement parfaitement informel (le réseau en tant que tel est une association de fait non déclarée, sans statuts et donc sans « dirigeants ») fonctionne très bien depuis 17 ans. Le tabou est donc levé, mais au regard de l’ensemble du site, le terme d’autogestion n’est pas privilégié et on préfère le plus souvent ceux d’alternatif, de solidaire, de coopératif, de collectif, de « faire ensemble »... volontairement plus euphémisés politiquement.

On notera la définition en page d’accueil de « Solidaires » : « Solidaires car elles privilégient l’association des individus, la mutualisation des projets et des biens et la coopération entre les hommes plutôt que l’individualisme, la privatisation et la compétition. » Propos irréprochable à première vue, mais les connotations posent question : l’emploi des mots association, mutualisation et coopération renvoie à association, mutuelle et coopérative qui caractérisent fondamentalement l’économie sociale, alors que l’économie solidaire n’attache pas d’importance à ces statuts juridiques (qu’il ne faut certes pas sacraliser, mais qui restent des critères et des garanties partiels du caractère collectif et démocratique des projets). A-t-on voulu garder une position médiane, et floue, dans le débat qui vient de renaître avec l’offensive des « entrepreneurs sociaux » qui, plus que jamais, remettent en cause le caractère collectif et égalitaire des projets ?

Le compagnonnage

« Ouvert à des personnes qui souhaitent mûrir un projet ou simplement s’évaluer au contact de la réalité et de l’expérience d’autres qui ont fait le chemin avant eux, le compagnonnage est une sorte de "tour de France" dans les entreprises du réseau REPAS, destiné non à apprendre un métier mais à transmettre des valeurs au cour du projet coopératif.  » Le compagnonnage se déroule dans le cadre de la formation continue et n’est ouvert qu’aux 18/25 ans.

L’historique, le projet pédagogique, le financement et le déroulement sont décrits dans le détail. Pour cette activité spécifique, le réseau a créé une association déclarée ad hoc indispensable à sa mise en œuvre.

À noter que le compagnonnage n’est ouvert qu’à des métiers et des projets manuels (agriculture, environnement, bois, laine, recyclage, artisanat...). Le réseau n’a pas su ou pu organiser une action similaire à travers ses structures intervenant dans le social, la communication, l’éducation... pour lesquelles le niveau de formation initiale nécessaire est plus élevé. Ajoutons que dans le réseau le nombre de structures du premier type (rural pour dire vite) est beaucoup plus important que celui du second type (urbain pour dire vite).

Pour l’anecdote, nous avions été surpris en rejoignant le réseau du tabou pour le mot autogestion et de l’engouement pour celui de compagnonnage. Pour notre part, ce dernier nous paraissait pour le coup connoté négativement : il rappelait l’Ancien Régime, les corporations, la hiérarchisation poussée à l’extrême, la violence avec ceux qui ne sont pas compagnons ou pas de la même obédience, la non mixité (toujours effective dans la majorité des fédérations compagnonniques !) pour ne pas dire le sexisme et le patriarcat, une relation pour le moins ambiguë avec le régime de Vichy, etc. Mais le romantisme toujours attaché au mot et le « partage du pain » contenu dans le terme de compagnon avaient dû faire oublier tout cela à nombre des fondateurs du réseau issus de mouvements d’éducation populaire chrétiens...

Les éditions REPAS

« La collection « Pratiques utopiques » publie des livres, témoignages d’expériences alternatives et solidaires qui montrent qu’il y a toujours place ici et maintenant, comme hier et ailleurs, pour des réalisations qui inscrivent leur sens dans le concret de pratiques libres et solidaires. Elle souhaite encourager ainsi ceux qui sont insatisfaits du monde dans lequel ils vivent à faire le pas vers d’autres possibles. »

Ouvrages de et sur les structures du réseau (Ambiance bois, Ardelaine, Viel Audon...) côtoient histoires et analyses d’expériences passées (Boimondeau, Godin...). Chaque titre est présenté assez longuement avec un descriptif du contenu, un point de vue des éditeurs et une présentation du ou des auteurs. À noter que les éditions s’ouvrent aujourd’hui à des expériences moins axées sur l’autogestion, le collectif et l’égalité et plus simplement orientées sur « changer le monde » (Soignants chanteurs, Homéopathie à la ferme).

Les éditions sont également portées par l’association déclarée REPAS spécialement créée pour les activités du réseau nécessitant une existence juridique.

Un bilan globalement très positif

Malgré le côté souvent « éducation populaire », malgré la volonté d’euphémiser politiquement la radicalité des pratiques (notamment sur l’autogestion et l’égalitarisme), malgré le vocabulaire quelquefois choisi, le site rend bien compte de ce qu’est le réseau REPAS, c’est-à-dire un réseau d’entreprises autogérées. C’est là qu’est l’important : des entreprises, c’est-à-dire des activités économiques ; autogérées, c’est-à-dire à fonctionnement collectif et égalitaire. Ajoutons : ici et maintenant, c’est-à-dire axées sur des pratiques et non sur des discours, ce qui n’empêche pas alors des discours naissant des pratiques. Je suis évidemment très content, voire très fier, d’y participer.